Pokémon GO, les cercles et les tableaux

Voici le dernier DM de mes 6e, créé à partir de données du jeu Pokémon GO.

« – S’ils entendent le dragon exactement au même volume que nous ça veut dire qu’on est équidistants. – Équidistants ?! »

Cette semaine, j’ai introduit la nouvelle leçon Distances et cercle de mes élèves de 6e, avec un extrait vidéo La fureur du dragon de la série Kaamelott (dont voici l’audio et un extrait du script) :

Le roi et les seigneurs Perceval, Gauvain et Yvain sont dans la forêt.

Arthur (curieux) : Alors, vous l’avez vu ?

Perceval : C’est un gros dragon ? Un petit dragon ?

Gauvain : On l’a pas vu, mon oncle.

Yvain : De toute façon, il est même pas là alors…

Le dragon passe au dessus d’eux.

Arthur : Et ça, c’est un phacochère ?

GENERIQUE

On entend le dragon.

Perceval : On dirait qu’il se rapproche.

Une nouvelle fois le dragon passe au dessus d’eux.

Perceval : Ou alors il s’éloigne.

Arthur (en regardant Perceval) : Ah ! Heureusement que vous êtes là !

Perceval : C’est difficile de jauger, on l’entend mais on le voit jamais.

[…]

Yvain et Gauvain partent.

***

Quelques instants plus tard.

Arthur (criant) : Bon alors ! Vous le voyez ou pas ?

Gauvain : Non, mon oncle !

Yvain : Rien du tout !

On entend encore le dragon.

Perceval : Est-ce que vous l’entendez ?

Arthur : Bah, évidement qu’ils l’entendent, on l’entend nous !

Yvain : On l’entend comme vous !

Arthur (à Perceval ): Voilà !

Yvain : De manière égale, j’ai envie de dire.

Percevalà Arthur : Ah ça c’est intéressant !

Arthur (en regardant Perceval) : De quoi ?

Perceval : Si ils entendent le dragon exactement au même volume que nous, ça veut dire qu’on est équidistant.

Arthur (étonné) : Équidistant ?

Perceval : Quoi ? Ca veut pas dire ça ?

Arthur : euh … Là en l’occurrence ça peut ! Mais ça m’étonne de vous voir utiliser ce mot là.

Perceval : Bah si ! Si c’est le même volume sonore, on est équidistant.

Arthur : Par rapport à qui ?

Perceval : A eux !

Arthur : A eux et qui ? Ca suffit pas ! Le dragon ?

Perceval : Après eux, j’en sais rien moi ! Si ils sont équidistants en même temps que nous on peux repérer le dragon par rapport à une certaine distance. (Hésitant) Si le dragon s’éloigne on sera équidistant mais ça sera vachement moins précis et pas réciproque.

Arthur : D’accord ! En fait vous savez pas du tout ce que ça veut dire.

Extrait du script de l’épisode « La fureur du dragon » de la série Kaamelott

Cela fait plusieurs années que j’introduis la leçon sur les cercles avec cette vidéo. Les élèves visionnent deux fois l’extrait, et je leur demande ce qu’ils en ont compris.

Cette semaine, dans une salle de classe, je n’avais pas de port HDMI, donc j’ai placé une enceinte portable sur mon bureau, puis finalement sur une table pour que tous les élèves entendent un peu mieux.

Après avoir visionné la vidéo, un élève a tout de suite parlé du mot « équidistant », je leur ai demandé ce que cela pouvait bien vouloir dire. Un autre élève a dit « Bah en fait, c’est comme avec la baffe (enceinte), [un autre élève] et moi on est équidistants, parce qu’on est à la même distance. ».

On explicite alors la nécessité du « par rapport à », qu’il est bien question de distance et non de volume sonore, j’explicite le fait que « équi » vient du latin et veut dire « égal ». Je leur suggère de faire un schéma pour se représenter la situation, on me dit de placer le premier élève (A) et l’enceinte (B). Je leur demande alors comment placer l’autre élève (C), et on le met de sorte que B soit le milieu du segment [AC]. On met les codages.

Je leur demande alors si ceux sont les seules positions possibles. Ils m’indiquent qu’on peut placer d’autres points au dessus, en dessous, mais toujours à la même distance du point B.

Finalement, je leur demande combien il y en a comme ça, et un élève finit par dire que ça va former un cercle. On explique pourquoi.

Bon allez, cahier de leçon ! On va noter notre définition du cercle.

Rituel « Programmes de construction » (2/2)

Le rituel de la prochaine leçon « Distances et cercle » de mes élèves de 6e est prêt ! J’ai déjà parlé du principe de ce rituel ici.

Geogebra Classroom et les calculs de volumes

Ce matin, j’ai testé pour la première fois GeoGebra Classroom, avec mes élèves de troisième. Enfin, c’est surtout eux qui ont testé !

Voici ce qui était affiché sur leur écran :

Activité GeoGebra (sur geogebra.org)

Et voilà ce que j’ai obtenu comme retour :

Ce travail n’était pas évalué. Mais, franchement, pour avoir un retour des élèves (en différé ou même en direct), c’est ce que j’ai rencontré de mieux jusqu’à présent.

Fox Woodland (3/3)

Voilà la dernière partie : avec les règles du jeu.

Si l’algorithmique débranché vous intéresse, je parle du jeu Code Monkey Island dont je me suis inspiré ici.

Et, vous pouvez aussi retrouver le premier article (présentation de Fox Woodland) et le deuxième (explication du rituel, exemple et fichiers) traitant de mon jeu.

Fox Woodland (2/3)

Fini ! *lève les bras*

Hier, j’ai fini de tout plastifier au collège. Ça a demandé un peu de boulot, mais je suis super satisfait du résultat. J’ai déjà parlé du jeu dans cet article.

L’objectif à court terme est de l’utiliser comme rituel en classe. Et, plus tard, je créerai des lots supplémentaires pour que les élèves puissent manipuler en groupe.

Comment le rituel va-t-il fonctionner ?

Les élèves notent tous, dans leur cahier :

FW
A)

*FW=Fox Woodland

Je donne trois cartes guide à quatre élèves, et les cartes du premier élève qui joue sont affichées au tableau. Je projète le plateau, et pour les pions en forme de renard, je mettrai des aimants.

Consigne Peut-on jouer une carte ? Justifier.
Si oui, indiquer le nombre de cases qu’un renard peut parcourir en utilisant cette carte.

Un élève vient corriger au tableau, on discute de la carte choisie, ou de l’impossibilité de jouer. Puis, le premier élève, à avoir des cartes, et qui doit jouer en premier vient au tableau jouer sa carte, et fait avancer un de ses renards.

On procède de la même façon pour les trois joueurs suivants :

B)
C)
D)

Actuellement, je songe à faire un ou deux tours de jeu. J’ajusterai peut-être à deux ou trois tours selon leur rapidité.

Je vous fais tout de même un exemple avec un tour complet de jeu :

  • Diapo 1 Présentation du jeu
  • Diapo 2 Cartes du joueur rouge
  • Diapo 3 Le joueur rouge joue sa carte 3, un renard rouge avance de 6 cases, car aucun de ses renards n’est dans le terrier (au centre du plateau), il atterrit sur une case ronce (il ne se passe rien quand on atterrit sur les cases ronce, buisson et rocher). Puis, il défausse sa carte.
  • Diapo 4 Le joueur jaune joue sa carte 3, le renard blanc (sur un rocher) recule jusque dans sa base car il doit reculer de 2 cases, un renard jaune avance de 7 cases (il passe par dessus l’autre renard jaune, et cette case n’est pas comptabilisée dans le comptage lorsqu’il s’agit d’un de ses propres renards). Il atterrit sur une carte fruit.
  • Diapo 5 Il tire une carte fruit. Comme il vient de parcourir 7 cases, il parcourt la moitié de 7 cases, donc il va avancer de 3 cases (on arrondit à l’entier inférieur, si le nombre est impair).
  • Diapo 6 Il avance de 3 cases. Il atterrit dans une case marécage (ce renard ne pourra pas être joué au prochain tour, on le « couche » [avec le pion on peut le faire mais au tableau je mettrai une croix dessus]). Puis, il défausse sa carte.
  • Diapo 7 Le joueur blanc joue la carte 1 car un renard marron est sur un buisson ET un renard jaune est sur une ronce.
  • Diapo 8 Un renard blanc avance de 10 cases, il atterrit sur une ronce.
  • Diapo 9 Puis, il défausse sa carte.
  • Diapo 10 Le joueur marron joue sa carte 1. Comme il y a un renard jaune et un renard blanc sur une case ronce, un renard marron avance de 2 x (12 – 2) = 20 cases. Il atterrit sur la même case marécage que le renard rouge, ce dernier doit donc reculer jusqu’à la case marécage précédente. Comme il n’y en a pas avant sa base, il recule jusqu’à celle-ci.
  • Diapo 11 Puis, il défausse sa carte.

The Mind et la créativité de mes élèves (2/2)

J’avais, durant les vacances d’octobre, envoyé un travail facultatif à mes élèves de 6e, je l’ai déjà présenté ici.

Une classe m’a fait apporté une première salve lundi. Et voilà le reste des travaux, des deux autres classes de 6e, pêle-mêle :

Et le bouquet final :

Une journée exceptionnelle

exceptionnel, exceptionnelle
adjectif

Définitions

Qui constitue une exception
Qui fait exception, qui est hors de l’ordinaire
Dont les qualités sont rares, éminentes

Source : Larousse

Elle l’a été, exceptionnelle, cette journée, et dans tous les sens du termes. Elle l’était déjà, de par les circonstances de cette rentrée : hommage à Samuel Paty, lecture de la Lettre aux instituteurs de Jean Jaurès, conditions sanitaires, etc.

Je commençais à 10h30 au collège, avec une de mes classes de 6e. J’avais complètement oublié que je leur avais donné un travail facultatif durant les vacances, quand je vois un élève avec une enveloppe qui m’intrigue. C’est à ce moment que je m’en suis souvenu ! Je leur demande donc s’ils ont eu le temps de le faire pendant les vacances, et de déposer leur travail sur mon bureau.

Les élèves s’attendaient à ce qu’on corrige directement l’exercice qui était donné pour aujourd’hui.

C’est alors que je me lance dans un dialogue avec eux, car je ne me voyais pas les laisser écouter la lecture, et effectuer la minute de silence, sans un échange au préalable :


Moi : Le cours d’aujourd’hui ne sera pas comme d’habitude.
Quelques élèves : Ah bon ? Pourquoi ?
Moi : Vous le savez peut-être, aujourd’hui sera lue une lettre écrite par Jean Jaurès via les haut-parleurs du collège. Suite à quel événement, ce texte va-il être lu ?
Un élève : Un prof est mort. Il a été tué.
Moi : Effectivement, juste avant les vacances, un professeur qui, comme vous et moi, sortait de son collège pour rentrer chez lui, a été tué. Autre chose ?
Un élève : Il a été égorgé.
Moi : Oui, il a été tué, puis égorgé. Est-ce que vous avez entendu d’autres mots ?
Un élève : Il a été assassiné.
Moi : Mais plus précisément ?
Un élève : Il a été décapité.
Moi : C’est ça, il a été tué, puis décapité par quelqu’un. Comment on appelle ce type de personne qu’il a rencontré ?
Un élève : Un assaillant.
Moi : En quelque sorte, un synonyme ?
Un élève : On dit un terroriste.
Moi : Oui, en rentrant chez lui, ce professeur d’histoire-géographie a rencontré un terroriste qui l’a assassiné. Et savez-vous pourquoi il l’a assassiné ?
Un élève : Parce qu’il a montré une caricature de Mahomet.
Moi : Alors, oui, ce professeur a projeté, comme moi quand je projète la leçon ou des exercices de mon écran d’ordinateur avec le vidéo projecteur, une caricature qui représente un personnage. Et le journal qui a représenté cette caricature a fait en sorte que l’on puisse penser qu’il s’agit de celui que tu appelles Mahomet. Mais au fait, qui est ce Mahomet ?
Un élève : C’est un prophète.
Moi : Certaines personnes, de par leur religion, l’appellent le prophète Mahomet. Et de quelle religion parle-t-on au fait ?
Un élève : l’islamisme.
Moi : Non, l’islamisme n’est pas une religion.
Un élève : De religion musulmane.
Moi : Oui, et quel est le nom de cette religion ?
Un élève : L’Islam.
Moi : Très bien. En résumé, ce terroriste a assassiné ce professeur parce qu’il a montré une caricature, en lien avec une religion. Au fait, c’est quel journal qui a publié cette caricature ?
Un élève : Charlie Hebdo.
Moi : Chacun d’entre vous, tout le monde, peut avoir des croyances, croire en une religion, ou choisir de ne croire en aucune religion. En France, c’est la laïcité qui permet à tous de faire ce choix. Et ce choix ne peut ni être dicté par un adulte, ni un autre élève. Vous êtes libres de faire vos propres choix, et libre de vous exprimer.
Un élève : C’est la liberté d’expression.
Moi : Effectivement, comme le journal, nous sommes libres de nous exprimer, dans le respect des lois. Tout à l’heure, après la lecture de la lettre de Jean Jaurès, je vous poserai une question Qu’en avez-vous compris et comment pourriez-vous l’expliquer à quelqu’un qui n’a pas compris, par exemple une petite soeur ou un petit frère ? Et je vous expliquerai ce que Jean Jaurès a voulu dire, d’après un historien dont j’ai pu écouter les explications. Au fait, qui est Jean Jaurès ?
Un élève : C’est le premier ministre ?
Moi : Non, alors, savez-vous, à peu près quand cette lettre a été écrite ?
Les élèves font des propositions assez récentes, entre 1990 et 2015.
Moi : En 1988 ! Et Jean Jaurès était un homme politique.

Deux élèves vont corriger l’exercice au tableau, je passe dans les rangs pour vérifier que le travail est fait. C’est alors que la sonnerie retentit pour le début de la lecture de la lettre, un message d’annonce précise que la lettre va être lue et qu’une écoute attentive et silencieuse est requise, et qu’elle sera suivie d’une minute de silence, debout.

Je ne vous cache pas que l’émotion m’a envahie, plus encore, lors de certains passages :  
Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ?, qui m’a fait sourire ;
J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes, qui m’a fait me rendre compte que ma direction avait fait le choix de lire le texte original publiée dans La Dépêche, sans aucune modification, et m’a vraiment ému, quand on sait la version modifiée proposée par le ministère de l’Éducation Nationale.
Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde.

Puis, la minute de silence. Je fais signe aux élèves de se lever. Ils ont été très respectueux : aucun n’a rechigné, râlé, soufflé, malgré la longueur de la lettre. Je pense que certains se sont d’ailleurs aperçus de mon émotion.

Moi : Alors, qu’avez-vous pu comprendre ? Quels mots, quelles phrases ont retenu votre attention ?
Un élève : L’école c’est pas juste faire des multiplications, on apprend aussi l’histoire de l’humanité, l’histoire de la France.
Moi : Exactement, il explique que le but des professeurs ne doit pas uniquement être de vous apprendre à faire des multiplications et des additions, ou de connaître l’orthographe exact d’un mot. Mais aussi de vous guider pour que vous compreniez le monde autour de vous, pour que vous fassiez vos propres choix, pour que vous compreniez comment l’homme a évolué, et l’histoire particulière de la France, comme celle de tout autre pays. Quoi d’autre ?
Un élève : Il parle des élèves qui oublient tout et ne font rien quand ils sortent de l’école.
Moi : Oui, il parle même de paresse, il me semble. Et donc pourquoi est-ce si important de réfléchir, même en dehors de l’école ?
Un élève : Pour comprendre ce qu’on nous dit, pour plus tard.
Moi : Oui, il est nécessaire de réfléchir pour comprendre ce que nous disent par exemple les médias, comprendre des textes, des oeuvres d’art, des caricatures, des musiques, etc., c’est-à-dire la Culture, car ce sont toutes ces choses qui ont construit l’histoire de la France, et qui continuent de le faire. Et en comprenant cette Culture, vous serez davantage capable de faire vos propres choix.
Un élève : Et les conséquences de nos actes.
Moi : Exactement, car selon vos choix, vous pourrez être amenés à en assumer les conséquences. Qu’est-ce qui est demandé de faire faire aux élèves, très très régulièrement, dans la lettre ?
Un élève : Lire !
Moi : Oui, lire. Et comment doivent lire les élèves d’après Jean Jaurès ?
Un élève : Ils doivent avoir une lecture parfaite.
Moi : Il demande, il exige, des professeurs qu’ils ne se limitent pas à apprendre à lire aux élèves un texte sans pour autant comprendre son sens. On peut lire syllabe par syllabe par exemple, sans avoir compris quoi que ce soit d’un texte. Et comment comprendre un texte si notre lecture n’est pas parfaite ? En sortant de l’école, en finissant ses études, tout élève doit être capable de lire de manière parfaite et fluide sans buter sur un mot qu’il n’arriverait pas à lire, pour comprendre ce qu’il lit.

Je leur ai demandé s’ils avaient encore des questions, et qu’ils ne devaient pas hésiter s’ils venaient à en avoir, que j’étais là, aussi, pour ça.

Et on a repris la leçon.

Rentrée @louisetourret @franceculture

Ce matin, je cogite, encore plus qu’à l’habitude. L’impression de ne pas être prêt, sans doute. Je commence à 10h30, avec une classe de sixièmes.
Je viens d’écouter le podcast Être et savoir présenté par Louise Tourret, sur France Culture.

Une collègue a relevé le manque de préparation, et par conséquent le besoin de formations, pour faire face à ce genre de situation. Et pas une de ces formations dont l’approche est uniquement théorique, qui ne font qu’aborder les grandes valeurs, comme tout enseignant a pu en avoir sur l’enseignement en classe avant d’enseigner ! Formations, en sortant desquelles, nous ne sommes pas plus avancés ! Mais plutôt un traitement de cas concrets tel que comment gérer les convictions religieuses d’un élève ? qui serait basé sur des échanges de pratiques, entre établissement ou entre collègues. Avec des outils pratiques, utilisables dans différentes situations.

Ensuite, je suis d’accord avec l’invité, Claude Lelièvre, historien, lorsqu’il dit qu’il faut apprendre à gérer des cas particuliers, des discours, mais pas lorsqu’il dit que nous avons grandement besoin d’un enseignement laïc des faits religieux. Pourquoi cela ?

Mais parce que c’est déjà dans les socles communs des programmes des cycles 2 et 4 !

Extrait des programmes des cycles 3 et 4
Extrait du programme de cycle 4
Extrait du programme de cycle 4
Extrait du programme de cycle 4

Je voudrais mettre en lumière ce passage :

Claude Lelièvre : […] En étant formé à l’enseignement laïc des faits religieux, je pense qu’on peut être capable d’avoir un débat qui reste scientifique sur des bases scientifique et pédagogique solides, avec les élèves, et donc, de contrecarrer les contestations.
Louise Tourret : Parce que sinon les enseignants seraient trop mal à l’aise, par rapport à ces questions ?
Claude Lelièvre : Il y a des enseignants qui sont mal à l’aise par rapport à ces questions. Parce que vous savez, on est aujourd’hui dans un mouvement double et contradictoire. Vous avez une partie de la société française, c’est pas moi qui le dit c’est Jérôme Fourquet [politologue, NDLR]. Vous avez une partie de la société française, majoritaire, qui se détache de plus en plus de la religion. Et puis, vous avez une autre partie de la société française, qui réinvestit le religieux. Euh … Les musulmans, d’une manière générale, on va dire, même s’il ne faut pas généraliser, pour le dire très clairement. Donc il y a un décalage entre ce que …
Louise Tourret : Bah, on ne peut pas généraliser, enfin le …
Claude Lelièvre : Le, le le …
Louise Tourret : Une partie … Le …
Claude Lelièvre : Le réinvestissement dans l’Islam, c’est ce que je veux dire. Voilà. D’une partie, bien sûr une partie des musulmans. Ce n’est pas moi qui le dit, hein, ce sont les études qui le montrent. Euh, donc vous avez ce réinvestissement, qui vient finalement … Et quelque part, c’est normal qu’il s’exprime en classe. Si vous avez des enfants qui sont élevés dans des familles où la religion occupe une place centrale et structurante, quand ils arrivent à l’École de la République, ils peuvent être heurtés par ce qu’ils entendent. Et quelque part, c’est normal. Et donc, qu’ils le manifestent aussi, ça peut être considéré comme normal. Le travail de l’enseignant, parce qu’il est bien formé, c’est justement d’expliquer en quoi l’École de la République va apporter autre chose que ce qu’il entend à la maison. Je veux, par-là, pour terminer, que il faut absolument avoir cette capacité à, justement, comprendre les religions, savoir de quoi on parle. Parce que, aujourd’hui, croire, pour beaucoup d’entre nous, et je m’inclus dedans, nous ne savons plus ce que ça veut dire.

Finalement, c’est le discours de Claude Lelièvre que j’ai trouvé double et contradictoire. Clairement, je suis à l’opposé de la plupart de ses propos.

Puis, la parole a été donné à Elsa Bouteville, enseignante . Et là, c’est une toute autre histoire :

Louise Tourret : Elsa Bouteville, ces questions religieuses aussi, est-ce que : on en parle à l’école élémentaire ? Est-ce que ça peut venir dans la discussion avec les élèves, et aussi avec les familles ? Pour savoir vraiment ce que vous en faites. Alors, vous, en tant qu’enseignante, et puis, un peu plus collectivement.
Elsa Bouteville : À l’école, il faut en parler, surtout. La première chose à dire, c’est qu’il ne faut pas hésiter à en parler. Parce que je pense qu’on attend peut-être un peu trop tard pour les aborder, ces questions. Parce qu’on se dit qu’ils sont trop petits, parce qu’on se dit que c’est pas le moment, et cetera. Je crois qu’il faut en parler. Et que, parfois, on se dit peut-être que la laïcité c’est : ne pas parler de religieux ou de religion. Si, au contraire, il faut en parler, et il faut permettre aussi aux enfants de s’exprimer là-dessus. Donc oui, je pense que ce n’est pas assez fait, mais bien sûr que ça se fait. Maintenant, je crois aussi que, pour réagir à ce que les collègues ont dit, enseigner le religieux, les faits religieux, et cetera, c’est une chose. L’enseignement de la morale, de l’éducation morale et civique, c’est aussi une chose qu’on fait, on fait beaucoup, il y a pleins d’outils pour ça. Enfin, tout a quasiment déjà été fait. Je pense que la question, c’est pas seulement : on enseigne les valeurs de la République, on enseigne la morale civique, on enseigne … Ce qu’il faut c’est permettre aux enfants de les vivre, ces valeurs-là. Et c’est plutôt ça la question. C’est bien beau de dire : égalité, fraternité, liberté, et cetera. Je pense qu’il faut vraiment le démontrer ça, aux enfants. On ne peut pas juste …
Louise Tourret : Quand-est-ce qu’on le démontre ? Quand est-ce qu’on ne le démontre pas, aujourd’hui dans l’école ?
Elsa Bouteville : C’est la question. C’est-à-dire qu’il y a le cours, il y a les notions, il y a les savoirs et puis après il y a : l’être. Il y a l’enfant qui arrive avec son histoire, qui arrive avec son environnement. Qui arrive, parfois, avec sa misère sociale. Donc c’est là que commence à se confronter les choses. Et donc la question c’est : on enseigne ça ? Oui. On parle de religion ? Oui. On parle d’éducation morale et civique ? Oui. Mais, quand est-ce qu’on leur fait vivre, et qu’on leur permet vraiment d’accéder vraiment à l’égalité, à la fraternité, à la liberté ? C’est plutôt ça la question qu’on doit mener, le combat qu’on doit mener.

Bref, j’ai vraiment passé un chouette moment. Et je sais ce que je veux faire avec mes élèves. On va démontrer !
Je vais commencer par leur expliquer qu’il va y avoir une lecture de la lettre de Jean Jaurès à 11h.

Je vais leur demander Suite à quel évènement va-t-elle être lue ? Pourquoi ?

Et je vais certainement leur montrer une vidéo sur la laïcité du site Lumni.

Ci-dessous la lettre publiée dans La Dépêche, le 15 janvier 1888 (Je ne rentrerais pas dans la polémique du découpage de la lettre et du remplacement d’un mot (suppression du passage commençant par j’en veux mortellement, remplacement de fierté par fermeté, etc. Le gouvernement a certainement ses raisons, et il fallait bien qu’une décision soit prise. On peut ne pas être d’accord, certes, mais c’est leur décision.)

Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

Eh quoi ! Tout cela à des enfants ! Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage.

J’entends dire, il est vrai : À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte ne comprendra point de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment et une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à des cœurs tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.

Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens. Il faut d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie et que, dans n’importe quel livre, leur œil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout. Est-ce savoir lire que de déchiffrer péniblement un article de journal, comme les érudits déchiffrent un grimoire ? J’ai vu, l’autre jour, un directeur très intelligent d’une école de Belleville, qui me disait : « Ce n’est pas seulement à la campagne qu’on ne sait lire qu’à peu près, c’est-à-dire point du tout ; à Paris même, j’en ai qui quittent l’école sans que je puisse affirmer qu’ils savent lire. » Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu’ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine. Qu’importent vraiment à côté de cela quelques fautes d’orthographe de plus ou de moins, ou quelques erreurs de système métrique ? Ce sont des vétilles dont vos programmes, qui manquent absolument de proportion, font l’essentiel.

J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c’est là-dessus seulement que je jugerais le maître.

Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale, il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine !

Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain, qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque, par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il vous est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous. Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser.

Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes, des commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre : il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur.

Je dis donc aux maîtres, pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs.

Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront. »

Viendra ensuite la minute de silence.

Et je demanderai aux élèves ce qu’ils en ont compris, de la lettre de Jean Jaurès. Comment pourrait-on l’expliquer à quelqu’un qui n’a pas compris ? (un autre élève, un petit frère, une petite soeur), en appui (pour moi) avec ce qu’a dit Claude Lelièvre sur celle-ci :

Ce n’est pas du tout une lettre pour encenser les instituteurs et les institutrices. Ce n’est pas une lettre aux hussards noirs. C’est une lettre pour les exhorter à être à la hauteur de leur tâche. En gros, il leur dit « Votre tâche n’est pas d’être au niveau du déchiffrage, au niveau du comptage, au niveau d’un primaire rudimentaire. Vous avez une grande tâche : c’est de libérer et de projeter dans l’avenir les jeunes Français ». Aussi bien sur le plan de la patrie – ils sont Français -, des citoyens – ils sont citoyens -, et ils sont hommes. Donc pour cela, un seul véhicule : « savoir lire comme vous et moi », dit-il. C’est une profession de foi, à la fois sur les perspectives d’avenir que doivent avoir les jeunes Français. Il fait confiance aux Français, il fait confiance aux jeunes, et il fait confiance aux instituteurs à condition qu’ils ne rétrécissent pas leur rôle. Et leur rôle, c’est d’apprendre avant tout aux Français à ce qu’ils lisent très bien. Si on lit très bien, alors on est sauvé : on peut lire l’ensemble de la culture. 

GeoGebra Classroom et les programmes de construction (2)

Ma présentation sur l’utilisation de GeoGebra Classroom est à trouver dans cet article.

Ici, je vais vous parler d’une deuxième activité, centrée sur la notion de cercle, contenue dans mon beau livret Programmes de construction ! 😀

On commence par la construction de cercles de différentes façons (centre et rayon, centre et point, trois points) avec explicitation du bouton à utiliser, puis, sans explicitation.

On poursuit avec la construction de segment de longueur donnée (pour que ce ne soit ni trop grand, ni trop petit, sans avoir à zoomer ou dézoomer), la construction de cercle (centre et rayon, centre et diamètre), et le placement du milieu d’un segment.

Cette fois-ci, construction d’un cercle dont le rayon est la longueur d’un segment tracé, placement d’un point sur un cercle, construction d’arc de cercle dans les deux sens (horaire et anti-horaire).

Construction d’un cercle (centre, qui est le milieu d’un segment tracé, et diamètre), placement d’un point sur le cercle, construction d’une corde et d’un arc.
Il ne manque plus que les flèches ! 😯

Construction d’une rosace : construction d’un segment et de cercles (centre et rayon, centre et point), placement d’intersections.

La première activité sur : point, droite, segment, demi-droite, milieu, est à retrouver dans le livret, ou directement ici.